GILLES
Le troisième compagnon de François

D’où vient-il :
de la campagne d'Assise

Âge et classe sociale :
il est très jeune, 18 ans ; il est robuste et c’est un paysan

Caractère et caractéristiques :
Il aime tout ce qui est travail manuel ; il tresse des paniers, aide les paysans dans les champs, il se consacre à toutes sortes de services. Il travaille en cuisine dans les monastères qui le recevaient, aiguise des couteaux, à l’occasion il fait aussi le fossoyeur. Il est bon, simple et illettré. Il est joyeux. Il soigne en particulier des lépreux. C’est un contemplatif ravi dans de fréquentes extases. Il n'aime pas les livres et se moque malicieusement de ceux qui font des études.

Son histoire :
Il rencontre François à Rivotorto en 1208, séjourne un peu avec les trois premiers compagnons et offre son manteau à un pauvre, sur la suggestion de François qui se rend compte qu’il veut rester avec lui et entrer dans cette première et très petite communauté. Avec François, il s’en va rapidement pour la Marche d'Ancône, ensuite il va à Rome avec les premiers frères pour l’approbation de la première règle de vie. IL EST ENVOYÉ AVEC BERNARD A SAINT-JACQUES DE COMPOSTELLE et, sur ces sentiers, ils souffrent de la faim, du froid et des mauvais traitements. A son retour d’Espagne, il dirige ses pas vers la Terre Sainte et paye le passage en bateau en vendant de l'eau fraîche. A Acre il fait des paniers et enterre les morts. Il est auprès de François au moment de sa mort. Après la disparition du Maître il fait partie de ceux qui défendent infatigablement la pureté originelle des premiers temps de l’Ordre. L’unique construction grandiose qui lui ait jamais plu est la basilique de François parce qu'il pensait que sa richesse pouvait montrer à tous la grandeur de ce dernier. Il se retire près de Pérouse où se trouve maintenant le couvent de Monteripido et son ermitage est un but de pèlerinages continuels à la rencontre de ce saint homme, célèbre pour sa façon amusante et originale de parler des choses de Dieu. Parmi les visiteurs dont on a souvenir : Louis IX, roi de France et futur saint Louis : « Et arrivant à la porte du couvent des frères, comme un pauvre pèlerin inconnu, avec peu de compagnons, il demande avec grande instance frère Gilles, sans dire au portier qui était celui qui le demandait. Le portier va donc à frère Gilles et lui dit qu'à la porte il y a un pèlerin qui le demande, et il lui fut en esprit révélé par Dieu que c’était le roi de France. Aussi en grande ferveur sort-il précipitamment de sa cellule et court-il à la porte ; et sans aucune question, sans que jamais ils se fussent vus, s'agenouillant avec une très grande dévotion, ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre et se baisèrent avec la même familiarité que s’ils avaient depuis longtemps entretenu une grande amitié ; mais durant tout cela ils ne parlaient ni l’un ni l’autre, mais ils restaient ainsi embrassés, en silence, donnant tous ces signes de charité et d’amour. Et après qu’ils furent restés un long espace de temps en cette étreinte, sans dire un mot, ils se quittèrent ; et saint Louis s’en alla continuer son voyage, et frère Gilles retourna à sa cellule. Au départ du roi, un de ses compagnons demanda quel était celui qui s’était tant embrassé avec frère Gilles ; et celui-ci répondit que c’était Louis, roi de France, qui était venu voir frère Gilles. Ce frère l’ayant dit aux autres, ils eurent un très grand chagrin de ce que frère Gilles ne lui eût point adressé la parole ; et s’en désolant ils lui dirent : « O frère Gilles, pourquoi as-tu été si discourtois qu’à un roi si saint, venu de France pour te voir et pour entendre quelque bonne parole de toi, tu n’aies rien dit ? » Frère Gilles répondit : « Mes frères bien-aimés, ne vous en étonnez pas, car si nous n’avons pas pu nous dire une parole l’un à l’autre, c’est parce qu’aussitôt que nous nous sommes embrassés, la lumière de la science divine nous a révélé et manifesté à moi son cœur, à lui le mien : et ainsi, par une divine opération, nous avons connu ce que je voulais lui dire et ce qu’il voulait me dire beaucoup mieux que si nous avions parlé des lèvres et avec une plus grande consolation ; et si nous avions voulu expliquer de vive voix ce que nous éprouvions dans nos cœurs, c’eût été pour notre affliction plutôt que pour notre consolation, à cause de l’imperfection du langage humain qui ne peut exprimer clairement les mystères secrets de Dieu. Et ainsi, sachez avec certitude que le roi de France est parti admirablement consolé. » (Fioretti, 34)